GHETE

DE LA LEGENDE A L'ERMITAGE



Accessible désormais plus aisément par l'autoroute A 16 ou "Trans-
jurane", St-Ursanne est au coeur du Jura. La vallée du Doubs prend
conscience de sa situation privilégiée et a décidé de jouer de ses
atouts touristiques. Sous l'impulsion du "Comité Clos du Doubs",
St-Ursanne et le Clos du Doubs préparent l'avenir de cette région,
et cherchent à renforcer le cachet de la petite cité des bords du
Doubs. André Petignat présente alors le contexte et les actions
engagées.

La formation de guides pour la visite de la ville de St-Ursanne, la grande fête
médiévale de l'été prochain, l'inauguration prévue cet été de la passerelle de
Clairbief et de la "Ronde pédestre", le nouveau sentier reliant directement
l'ermitage aux ruines du château et au sentier des sculpteurs doivent contribuer
à la promotion touristique du Clos du Doubs.
Après la rénovation complète de la Collégiale, du cloître et de l'église St-Pierre
qui abrite le musée lapidaire, après l'installation d'un carillon formé des sept
cloches de St-Ursanne qui permettra de créer des mélodies de circonstance pour les
jours de fête, la paroisse de St-Ursanne procède actuellement à la rénovation de
l'ermitage. Lieu de pèlerinage autrefois très couru par les fidèles venus de toute
l'Ajoie et du Clos du Doubs, l'ermitage a subi les outrages du temps.
La légende de saint Ursanne
La légende nous apprend que saint Ursanne, moine irlandais, disciple de saint Co-
lomban, cherchait un endroit retiré pour abriter les dernières années de sa vie,
loin du monde, dans le silence et la paix.

Il choisit pour son habitation une grotte large et profonde dans un rocher escar-
pé au-dessus du Doubs. L'ermitage de saint Ursanne est situé au nord de la Collé-
giale, hors des murs de la ville, à l'extrémité sud-ouest de la colline rocheuse
où dominait le château. Au pied de ce rocher coule une eau claire et limpide qui
porte le nom de Fontaine de saint Ursanne.

Déjà du vivant du saint, nous dit encore la légende, on venait de toutes parts im-
plorer son intercession et ses prières. Cet endroit est resté en vénération aux
yeux des populations chrétiennes du Doubs et du Jura. Il était le but d'un pèleri-
nage très fréquenté.
La grotte dite de St-Léger a abrité d'abord un petit oratoire, mais c'est beaucoup
plus tard seulement qu'on vit une chapelle s'élever à l'ombre du rocher de Saint-
Ursanne.

On invoque saint Ursanne dans toutes les infirmités qui affligent la pauvre huma-
nité. Mais on lui demande plus spécialement la guérison des ulcères, des dartres
et des zonas appelés dans le pays "maladie de saint Ursanne". On joint à ces invo-
cations le nom de saint Fiacre, invoqué pour la dysentrie, la colique et les
pierres.


Le pèlerinage de Saint-Ursanne
Au fil des siècles, la légende, les guérisons ont attiré des foules auprès de l'ermitage de saint
Ursanne et un pèlerinage s'est perpétué.
Le pèlerinage débutait par la récitation d'un chapelet à l'église paroissiale, de-
vant l'autel de saint Fiacre, où l'on déposait une offrande.
Au long des 180 marches
Puis, par la rue de la Cousterie, derrière le Foyer pour personne âgées, c'est
l'ascension vers la grotte. Le fronton du portail d'entrée du pèlerinage, daté
de 1688, présente une statue de saint Ursanne en pierre polychrome, en chasuble
romane, avec une Bible en mains.

Chapelet en mains, les fidèles escaladaient les 180 marches d'un escalier escarpé,
ponctué par cinq croix de pierre, en récitant un deuxième chapelet et en méditant
les mystères douloureux du Rosaire. Ils étaient accueillis par un ermite, gardien
des lieux, qui logeait dans une petite maison près de l'oratoire de sainte Odile
et qui recueillait les intentions et les offrandes des fidèles. Les pèlerins ré-
citaient un troisième chapelet devant la grotte, déposaient une offrande en
l'honneur de saint Ursanne avant de redescendre à l'église pour assister à la
messe et communier.
La grotte de saint Ursanne
Protégée par une grille en fer forgé, une statue de saint Ursanne le représente en
habit de moine bénédictin, couché sur une natte qui lui sert de lit. Couché dans
une attitude de repos et de paix, il lit une page d'un livre saint écrite en gran-
des lettres: "Ici est le lieu de mon repos. Cette retraite que j'ai choisie sera
ma suprême demeure".
La chapelle de saint Ursanne ou chapelle Notre-Dame de la Grotte
Les archives de St-Ursanne conservent le document attribuant le nom de saint Léger
ou saint Léodegar à la chapelle érigée par le prévôt Albert Ehenheim vers 1500.
Télamonius, suffrageant de l'évêque de Bâle, y déposa les reliques d'un grand nom-
bre de saints et accorda quarante jours d'indulgence à ceux qui visiteraient cette
chapelle et y prieraient à certains jours déterminés. La chapelle de saint Ursanne
fut reconstruite en 1621 aux frais du Chapitre de chanoines, comme l'atteste la
date commémorative inscrite au frontispice de la chapelle. De style gothique tar-
dif, elle est surmontée d'un clocheton en forme de bulbe. L'entretien de la cha-
pelle incombait au Chapitre de la Collégiale.



Confrérie et oratoire
Autour de la grotte qui aurait abrité saint Ursanne venu se retirer sur les bords du Doubs, s'est cons-
titué tout un ensemble de monuments et de dévotion. Déjà André Petignat nous a présenté la grotte, la
chapelle, mais aussi le pèlerinage.
Cette visite continue en évoquant la confrérie et d'autres éléments réunis sur ce
site.
La Confrérie de saint Ursanne

..tout sur la CONFRERIE DE SAINT-URSANNE
Le chanoine Henri Richardguenin fit remettre à neuf la chapelle de Saint-Ursanne
en 1682 en la dédiant exclusivement à saint Ursanne.

Il conserva cependant le tableau qui représentait saint Léger et le fit placer
au-dessus de l'autel et du tableau de saint Ursanne. En même temps, il fonda la
Confrérie de saint Ursanne dont les statuts imposaient à ses membres l'obliga
tion d'assister, le quatrième dimanche de chaque mois, après les Vêpres, comme
aussi aux fêtes de la Confrérie et, à toutes les fêtes de Notre-Dame, aux Lita-
nies de Notre-Dame chantées en la chapelle de saint Ursanne.
Le logement de l'ermite
Le petit logement destiné à l'ermite fut érigé en 1684 aux frais du chanoine
Richardguenin, au-dessous de la chapelle de St-Ursanne, avec l'autorisation de
la municipalité. Ce fut l'ermitage de St-Ursanne.

Le premier ermite ou "bruder" se nommait le frère Jean Baptiste Beuchat de Vic-
ques. Il vécut de nombreuses années à l'ombre du rocher, se contentant pour vi-
vre du produit de son jardin et de ses quêtes.

Plus tard, l'ermite recevait un petit traitement comme gardien de l'ermitage, mais
se trouvait souvent dans la dernière des misères.

Ursanne Verdat fut le dernier "bruder" de Saint-Ursanne. La Révolution enleva les
fonds de la chapelle et bientôt, la petite maison du frère, inhabitée, tomba en
ruines. On finit par la démolir complètemenet et il ne resta plus là que le petit
oratoire, un peu au-dessous de l'ermitage.
L'oratoire de sainte Odile ou de sainte Colombe
Ce gracieux oratoire fut construit en 1791, aux frais de la fabrique de la chapel-
le. Les archives conservent la facture de la construction qui s'élève à cinquante
et une livres, six sols et huit deniers, et indiquent parmi les fournitures utili-
sées trois mille clous, tant gros que petits, et cinq mille huit cents petits
clous pour la toiture.

L'oratoire, fermé par une porte à deux battants à claire-voie dans la partie supé-
rieure, possède un tableau qui représente sainte Odile, chère aux Alsaciens, dans
le costume des abesses de monastère, un autre tableau représente sainte Agathe
dans son martyre.

Deux statues se dressent de part et d'autre du tableau de sainte Odile: sainte
Colombe tient le glaive de son martyre et une palme, et sainte Appolonie, invo-
quée dans les maux de dents, tient à la main une de ses dents pour rappeler son
supplice.


L'ermitage de St-Ursanne au XIXème
Après le grand développement de l'ermitage de Saint-Ursanne à la fin du XVIIème siècle, lui donnant
son plein éclat au cours du siècle qui suit, le XIXème semble moins brillant, explique André
Petignat. Aussi le programme actuel de rénovation est considéré comme le bienvenu afin de compléter
la connaissance de monuments et de lieux de manifestation de la vie de la cité au cours des siècles.
Au XVIIIème siècle, les revenus des messes fondées à la chapelle de saint Ursanne,
étaient suffisants pour faire face aux frais d'entretien de la chapelle, du gar-
dien et du chemin conduisant de la ville à la grotte.
A l'abandon
Mais l'abandon de l'ermitage pendant la période révolutionnaire, puis les troubles
du Kulturkampf laissèrent l'ermitage de saint Ursanne dans un triste état. Vers
1880, le doyen Mgr Fidèle Chèvre rapporte qu'une souscription paroissiale de 800
francs a permis de restaurer les murs et les escaliers de l'ermitage, et ceci grâ-
ce au travail d'un ouvrier intelligent, M. Gaspard Bruno.
Et une seule croix
Le sentier d'accès à la grotte de l'ermitage était jadis jalonné de cinq croix de
pierre représentant les mystères douloureuxm du Rosaire. Il n'en reste hélas
qu'une seule, précieusement conservée au musée lapidaire. Elle représente en son
centre l'agonie du Christ au jardin de Getsémany.
Une visite et une vue de la cité
Une fois l'ermitage rénové, dotés de la connaissance de l'histoire de l'évolution
de ce lieu, les guides du patrimoine de Saint-Ursanne peuvent proposer aux touris-
tes de complèter leur visite de la cité des bords du Doubs, d'autant que cette
ascension permet aussi de découvrir d'autres facettes de la ville et des paysages
qui l'environnent.

Sources

- Mgr. Fidèle Chèvre: La Chapelle de la Grotte et le pèlerinage de St-Ursanne, 1882.
- Abbé Arthur Daucourt: Dictionnaire historique des paroisses VI 1905.
- Ernest Ceppi: Monuments historiques du Jura bernois 1929.
- Abbé A. Membrez: Eglises catholiques du Jura bernois 1938.
- Marcel Chappatte: St-Ursanne au bord du Doubs 1955.
- Marcel Berthold: Arts et monuments de la République et Canton du Jura 1989.
- Abbé Pierre Salvadé: Bulletin paroissial du Clos du Doubs.


in: AU CLOS DU DOUBS 38-99-02, P. 15-18, 5 ill.

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